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Livres et articles sur les ONG

Donateurs si vous saviez...

Un de ces e-mail comme il en circule des milliers (millions?) et que d'aucuns s'empressent de diffuser avec délectation : « Certains membres de l'Association Française contre les Myopathies ne crèvent pas de faim !..... signé Un agent EDF qui arrête de courir »

Bien sur ce genre de documents ne sont pratiquement jamais signés. Ils ne sont jamais datés non plus, ce qui fait que ce document évoquent des faits qui commence à dater : avant 2009.

Celui-là avait quand même un mérite. Il citait sa source. Il faisait référence à un livre, sorti donc en novembre 2009, intitulé « Donateurs si vous saviez... Du Téléthon aux Restos du cœur. Enquête dans les coulisses des associations» écrit par un certain Marc REIDIBOYM et publié aux éditions Bertrand Gobin.

Finalement la pub est tellement bien faite qu'on peut se demander si le mail n'avait pas été lancé dans l'idée de promouvoir le livre ?

Compte tenu de l'importance que j'attache depuis plus de cinq ans déjà au sort de l'argent que nous donnons aux ONG, il est certain que je ne pouvais pas passer à côté d'un tel ouvrage. Je l'ai donc acquis (il n'est pas épuisé)

DonateursSiVousSaviez 

Ce livre de journaliste est intéressant

Il ne s'intéresse effectivement qu'au fonctionnement et au financement des organismes. Pas du tout à leur action sociale (un peu donc la philosophie du dossier de A.C.C.E.: comment est utilisé l'argent que je donne?) Reprenant des éléments issus de rapports de l'ADDES (association pour le développement de la documentation sur l'économie sociale) de statistiques ou de sondages diligentés par la Fondation de France, il dresse un portait du donateur et des formes de dons. En moyenne 100 € par personnes et par an en 2008 (page 44).

Il démonte assez bien l'engrenage dans lequel se trouvent les organismes : il faut toujours plus de ressources. D'où une course au dons, de préférence récurrents, qui emprunte aux méthodes commerciales les plus agressives : recours à des organismes professionnels externes qui eux même recourent à des salariés précaires (ceux qui nous interpellent dans la rue et que nous croyons bénévoles) où aux méthodes du démarchage téléphonique. Il parle par exemple d'"ONG conseil", une entreprise à forme commerciale (page 49) fondée par deux anciens membres de Greenpeace. Et du coût de cette collecte : un prélèvement mensuel mis en place commence à dépasser son coût d'obtention au bout de 8 à 9 mois (page 65). Heureusement que la fidélité moyenne du donateur est de 5 ans environ.

Il démontre assez bien les contraintes auxquelles se heurtent les ONG qui organisent des événements pour faire rentrer des fonds : qualité et poids du partenaire ou du prestataire. Difficultés pour évoluer. Nous sont décrites les relations entre le Téléthon et les chaînes de télévisions, ou la problématique à certaines époques de l'organisation de la soirée des enfoirés (page 88)

 

On ne peut pas concevoir une ONG comme une entreprise

Il s'attache enfin à l'aspect sans doute le plus délicat. L'inconciliable coexistence entre des bénévoles qui militent pour une cause, et la nécessité d'avoir des équipes permanentes donc salariées. Et la porosité dangereuse entre les deux mondes : prise d'intérêts par des dirigeants originellement bénévoles ou prise de pouvoir par certains salariés.

Il le faut d'une certaine manière. Il y faut la même efficacité dans le management pour que l'argent récolté soit utilisé au mieux au profit des bénéficiaires à qui les donateurs le destinent. Et de ce point de vue il faut donc une structure interne professionnelle, à plein temps, donc salariée, à qui on ne peut pas demander de se comporter comme des bénévoles. D'autant que compte tenu des sommes gérées (voir les différentes analyses ACCE) il s'agit à tous le moins d'importantes PME voir de vrais multinationales.

Le risque c'est qu'une ONG n'a pas vocation, comme une entreprise à dégager des bénéfices au profit d'actionnaires. Et, c'est vrai dans toutes les associations, dans tous les domaines, les membres des conseils d'administration, bénévoles vont privilégier la relation humaine avec les permanents au risque d'oublier la rationalité de la rémunération qu'ils leurs octroient par rapport au service qu'ils rendent. Ce n'est pas l'argent de ceux qui décident qui est en cause, alors il est plus facile d'être généreux... d'où les abus dénoncés par Marc Reidiboym (page 94 et suivantes par exemple)

Il en va de même d'un risque d'investissement pharaoniques (page 98) ou inconsidérés. Les bénévoles du Conseil d'administration risquent d'être moins vigilants que si leurs dividendes en dépendait. Encore que l'on a aussi constaté des dérives hallucinantes dans le monde des affaires...

 

Tous pourris ? Vaut-il mieux ne pas donner ?

Il traite aussi du contrôle qu'exerce certains organismes sur les ONG : Commissaires aux comptes, organismes de labellisation ou ce certification, Cours des comptes... Cet aspect est très intéressant et je crois bien développé, avec les entre-soi du Comité de la Charte et les limites qui en découlent (page 168), ou les liaisons quasi incestueuses que créent le passages de certains responsable d'un organisme à un autre (page 154). Il énumère les défaillances et les plaintes (page 170). Il montre les limites du contrôle. A dégoutter les donateurs. Peut-être est-ce bien le cas de l'agent EDF.

Pourtant le 8ème et dernier chapitre « Et pourtant ils donnent... » remet les choses à leur place.

Il rappelle que le donateur, généreux, se doit aussi d'être vigilant et exigeant : « plus les donateurs réclameront d'information et pointeront du doigt les zones d'ombre, moins les associations et fondations commettrons de dérapages » (page214). Ce chapitre essaie de donner le mode d'emploi du donateur « responsable » : "le document comptable le plus facile à interpréter est le compte d'emploi des ressources » (page216).

L'ancien expert-comptable, commissaire aux comptes, que je suis vous donne entièrement raison Monsieur Reidiboym. Mais reconnaissons que ce n'est pas aisé tout de même. Et bien voilà, c'est pour faciliter ce travail que depuis plus de cinq ans (sans connaître ce livre) l'association A.C.C.E. Publie et renforce son dossier « générosité - ONG » pour aider tout un chacun dans son rôle de « donateur vigilant et exigeant ».

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